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Les sociétés alimentaires ne souffrent guère des contrôles aux frontières, si ce n’est pour des fournitures de matériel d’entretien. Là où le bât blesse, c’est du côté de l’absentéisme et de la demande. Certains s’inquiètent de l’évolution des fournitures d’emballages.

Depuis deux semaines, la pandémie de coronavirus a mis le pays sous cloche. Secteur en principe prioritaire, l’industrie alimentaire ressent comme les autres l’impact de cette crise mondiale.

Les mesures visant à limiter les flux transfrontaliers ne tracassent pas (encore) trop les sociétés alimentaires. Les camions qui apportent les matières premières sont parfois ralentis aux postes-frontières, mais finissent par arriver dans des délais qui restent gérables. « Nous essayons de ne pas travailler en ‘just in time’ et d’allonger les délais », dit Thierry Huet, patron du biscuitier tournaisien Desobry.

« Notre souci, c’est l’approvisionnement en matériel de maintenance. Des pièces venant de l’étranger n’arrivent plus. »

Guy Paternoster
Directeur exécutif de la Raffinerie Tirlemontoise

Ce qui peut poser problème, c’est l’acheminement de matériel, de réparation par exemple. « Notre souci, c’est l’approvisionnement en matériel de maintenance. Des pièces venant de l’étranger n’arrivent plus, alors que nous profitons de l’arrêt de production pour entretenir les installations », explique Guy Paternoster, directeur de la Raffinerie Tirlemontoise. Il n’y a pas encore le feu, mais le problème devra être réglé pour la prochaine campagne betteravière, en septembre.

Emballages

En amont, la situation est grosso modo sous contrôle. Certains responsables mettent toutefois en garde contre un problème potentiel. « L’alimentation se trouve dans la liste des secteurs cruciaux, mais elle dépend d’autres secteurs comme les emballages ou le nettoyage, assuré dans certains cas par des sociétés spécialisées », explique Nicholas Courant, porte-parole de la Fevia.

« Les délais d’approvisionnement en emballages augmentent. À terme, nous pourrions devoir arrêter une ligne de production. »

Vincent Crahay
CEO de Belourthe

« Les délais d’approvisionnement en emballages augmentent. À terme, nous pourrions être contraints d’arrêter une ou l’autre ligne de production », renchérit Vincent Crahay, CEO de Belourthe, le producteur d’aliments céréaliers pour bébés.

Dans l’immédiat, les entreprises du secteur ont deux soucis majeurs: le taux d’absents, qui entrave la production, et la demande, en chute libre pour certains.

Belourthe, par exemple, doit faire face à l’absence de 20% de son personnel qui s’est porté malade. « Cela nous a obligés à arrêter provisoirement des lignes de production, moins stratégiques, de produits surgelés », explique Vincent Crahay.

Le confiturier Materne-Confilux, à Floreffe, a connu le même problème. Il est surmonté: des travailleurs ont repris le boulot, des intérimaires ont été engagés. « Des employés sont même venus en renfort aux lignes de production », souligne Jean-Luc Heymans, son CEO. Qui s’inquiète toutefois de l’approvisionnement en fruits pour les prochains mois. 

Selon la Fevia, 6 sociétés alimentaires sur 10 subissent un accroissement de l’absentéisme. Dans 39% des cas, cela a un impact sur la production, et pour 21% des entreprises, ces absences deviennent problématiques. Pas étonnant quand on sait que pour 65% des entreprises, le coronavirus pousse la demande à la baisse.

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Pour 21% des entreprises alimentaires, le taux d’absentéisme devient problématique.

C’est le cas de Trendy Foods, premier grossiste food et non-food du pays pour les petits distributeurs. Depuis le début de la crise, la société de Petit-Rechain a vu ses revenus chuter de 40%. « Les ventes ont explosé au début puis se sont effondrées. Une grande partie de notre clientèle (cinémas, cantines d’entreprises, stations-service) est à l’arrêt ou fortement ralentie », dit son CEO, Francis Plunus. À ce stade, une centaine de travailleurs sur les 400 employés en Belgique ont été mis en chômage économique.

 Food n’Joy, une PME familiale basée à Dottignies qui produit des fonds de tartelettes et des verrines d’apéritif, a quant à elle été contrainte de mettre ses 25 salariés au chômage temporaire. En cause: l’effondrement de la demande.

« Notre clientèle, c’est essentiellement l’horeca, l’événementiel, les croisiéristes et les compagnies aériennes, des secteurs à l’arrêt. Nous avons encore trois mois de stocks et ne recevons plus de commandes », explique Arnaud Bonnel, le CEO de Food n’Joy.

Comme d’autres, le monde alimentaire vit au jour le jour. Deux semaines, c’est du moyen terme.