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Emmanuel Macron a lancé lundi un appel au calme face à la « crise très explosive » en Guadeloupe, en proie à des violences urbaines et des pillages, alors que Jean Castex reçoit dans l’après-midi les élus de l’île antillaise où des renforts policiers ont été dépêchés.

En marge d’un déplacement à Amiens, le chef de l’Etat a assuré la Guadeloupe de la « solidarité » de la nation et demandé à « ne rien céder au mensonge et à la manipulation par certains de cette situation ».

« On ne peut pas utiliser la santé des Françaises et des Français pour mener des combats politiques » et « il faut que « l’ordre public soit maintenu », a-t-il souligné sur un ton apaisant, insistant sur « une adhésion croissante à la vaccination » sur l’île, malgré l’opposition d’une « toute petite minorité ».

La Guadeloupe, frappée de plein fouet par l’épidémie du Covid-19 cet été, est secouée depuis une semaine par un mouvement ayant pour origine la contestation de l’obligation vaccinale des soignants, qui a dégénéré en crise sociale émaillée de nombreuses violences.

Le lancement d’une grève générale illimitée par les syndicats s’était d’abord traduit par des blocages routiers et un piquet de grève au CHU de Guadeloupe, empêchant le bon fonctionnement de l’hôpital.

Mais dans la nuit de jeudi à vendredi ont débuté des violences et des pillages.

Face à une situation se détériorant rapidement, le gouvernement a envoyé des renforts de policiers et de gendarmes, notamment 50 membres des unités du GIGN et du Raid, tandis que le préfet a instauré un couvre-feu entre 18h00 et 5h00, jusqu’au 23 novembre.

– « Une vraie guérilla » –

Les troubles se sont cependant poursuivis durant le week-end.

Dans la nuit de samedi à dimanche, barrages routiers, incendies et pillages ont débouché sur 38 interpellations et fait deux blessés chez les forces de sécurité.

Trente personnes soupçonnées d’avoir participé aux violences urbaines seront jugées dès lundi en comparution immédiate à Pointe-à-Pitre, selon le procureur de la République, Patrick Desjardins.

Par ailleurs, la poursuite « des violences urbaines, exactions et autres entraves à la circulation », a conduit le rectorat à suspendre lundi l’accueil des élèves « dans les écoles, collèges et lycées ». Les cours n’ont déjà pas eu lieu vendredi.

Dans plusieurs communes, des magasins alimentaires ont été pillés, mais aussi des pharmacies. « A chaque fois, une barricade placée en amont nous empêchait d’avancer », selon les gendarmes qui témoignent aussi de soupçons de « faux appels pour nous attirer ailleurs, tout comme les pompiers ». Dans la commune de Morne-à-l’Eau, un poste de police a été incendié.

« Plus de 80 commerces ont été pillés » en Guadeloupe, a précisé le président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) des îles de Guadeloupe, Patrick Vial-Collet, lundi sur France Inter, décrivant une « situation assez insurrectionnelle ».

« Ce n’est pas un mouvement social et de grève, il n’y a quasiment aucun gréviste », selon lui. Mais « des jeunes casseurs, une vraie guérilla, qui pillent les entreprises, et qui profitent de la nuit pour s’attaquer aux biens matériels », assure-t-il.

– Réunion à Matignon –

L’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), en pointe de la contestation, a appelé samedi « à poursuivre la mobilisation et à renforcer les piquets de revendications populaires ».

Face à cette escalade, Jean Castex, entouré du ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et du ministre de la Santé Olivier Véran, doit recevoir lundi à 18H00 des élus de l’île afin de leur permettre « d’exposer leur analyse de la situation sur place ».

La réunion doit aussi permettre « un dialogue sur les conséquences de l’obligation de vaccination pour les soignants et les pompiers », a déclaré Matignon à l’AFP dimanche.

« Rien ne peut se résoudre dans la violence. Les parlementaires de la Guadeloupe demandent au gouvernement d’explorer toutes les ressources de la République pour une sortie de crise par le haut », avaient indiqué samedi les parlementaires dans un communiqué commun, demandant à « rencontrer d’urgence le Premier ministre pour chercher ensemble les voies de l’apaisement ».

Depuis l’été, le taux de vaccination a progressé en Guadeloupe, avec désormais un taux de près de 90% des soignants vaccinés, et approchant 50% dans la population générale.

Par ailleurs, un appel à la grève générale a été lancé en Martinique, à partir de ce lundi.